 | La
1000 Laverda est sans aucun doute l'une des motos produites qui a le plus de caractère:
Caractère physique et esthétique d'abord, avec un moteur énorme
et magnifique, très net d'aspect, et un design général qui
réussit à exprimer au travers d'un dessin finalement très
fin toute la brutalité de la machine.
Caractère moteur ensuite,
surtout dans la version 180°, avec une mécanique qui ne fait pas dans
la dentelle!: La puissance et le couple, le grondement plein, puissant et grave
du moteur, la brutalité de son fonctionnement, tout contribue à
faire de cette machine une expérience unique, même si l'on a connu
bien d'autres marques. On peut certes considérer que Laverda aurait pu
tenter d'adoucir un peu ce sale caractère afin de rendre la machine plus
facile (c'est ce qui a été tenté et partiellement réussi
sur les 120°), mais cette brutalité est justement ce qui fait de la
1000 Laverda une expérience unique.
Il n'y a pas d'essayeur d'un
jour d'une 1000 Laverda: Tant qu'on n'a pas essayé, on est dubitatif voire
critique par rapport à un monstre brut de fonderie
dont on a du mal à cerner le caractère. Le jour où on l'essaye,
c'est foutu, on en veut une tout de suite et pour la vie! La 1000 Laverda
est donc un trois-cylindres de 980,76 CM3, mêlant les avantages d'un multicylindre
(vivacité, régime) à ceux du maintien d'une grosse cylindrée
unitaire (couple, bruit). Il
y a eu deux calages du vilebrequin: Le premier (1973 à 1981) a les
deux pistons latéraux au point mort-haut lorsque le piston central est
au point-mort bas, ce qui lui a donné improprement l'appéllation
180°. Cette disposition a été initialement adoptée pour
régler des problèmes de poussée latérale sur les roulements
de vilebrequin, problème connu des moteurs 3 cylindres habituellement calés
à 120°. Cette considération technique a engendré le seul
moteur du marché calé à 180° et surtout un caractère
unique: Tout diffère par rapport à tous les autres moteurs du marché:
Le moteur est brutal, le bruit et les sensations sont uniques, les vibrations
sont importantes quoiqu'agréables, la régularité cyclique
est moins bonne... Ajoutons à cela un allumage électronique
disons perfectible concocté par Bosch (ce qui n'a pas récompensé
Laverda dans sa recherche permanente des meilleurs équipementiers...),
accentuant la brutalité de la bête, et on a entre les mains une sorte
de monstre dont tout le plaisir vient de sa capacité à le maîtriser
partiellement... |
Ce
moteur continue de ravir les passionnés qui n'ont toujours pas trouvé
de remplaçants dans la production actuelle. Dans cette série des
180°, on trouve les premières 1000 (à freins à tambours
puis très rapidement à disques), avec un équipement proche
des bicylindres de la marque, puis en 1976 la 3CL dont l'esthétique change
radicalement grâce seulement à un dosseret de selle et des jantes
à bâtons (les versions françaises et suisses seront malheureusement
dégonflées, par le montage d'arbres à câmes A12 que
je n'hésite pas à qualifier d'hérésie mécanique
sur un tel moteur) puis la série des Jota, conçue sous la pression
de l'importateur anglais Slater (la 1000 Laverda a été un best-seller
en Angleterre), qui est devenue la moto de série la plus puissante et la
plus rapide du monde. Cette Jota a d'ailleurs été championne des
courses de production en Angleterre en 1976, 78 et 79, contre les autres grosses
cylindrées japonaises ou britanniques. La
deuxième série de moteurs (1982 à 1989) est de cylindrée
et d'aspect identiques, mais le vilebrequin est calé cette fois-ci à
120°, le but étant d'adoucir quelque peu le tempérament du triple
Laverda. Le résultat est un moteur plus docile mais aussi beaucoup plus
linéaire, se rapprochant des standarts japonais.
En d'autres termes,
la 1000 Laverda a beaucoup perdu de son caractère, mais est devenue plus
apte aux longs parcours et au tourisme. Parallèlement, elle se dote rapidement
d'une nouvelle carrosserie de forme moderne (dessinée et fabriquée
par des sous-traitants) et change de nom, devenant la RGS. Ce modèle sera
décliné en plusieurs versions (Corsa -Sport-, RGA-plus économique-,
Executive -GT-, RGA Jota-décoration différente).
Enfin,
en 1984 est présentée la 1000 SFC (moteur de la Corsa, habillage
différent) qui, contre toute attente, redonne plus de caractère
à ce modèle. Enfin,
pour mieux comprendre la différence entre une Laverda 1000 180° et
120°, je ne peux résister à l'envie de vous citer Ed Lutz (USA),
on ne pourrait trouver plus juste opinion:
" Les
deux concepts sont radicalement différents et je pense qu'ils n'ont en
fait aucun rapport. La plus grande différence à mon avis concerne
les moteurs. La 180° est un monstre de couple, arrachant avec puissance dès
les plus bas régimes et jusqu'aux régimes moyens sans hésitation,
mais semble se tasser un peu à très haut régime. La 180°
vibre un peu avec l'arrivée des tours/minute mais, à moins que vous
ne soyiez un inconditionnel des quatre cylindres Japonais, je ne pense pas que
ces vibrations soient si mauvaises si la machine est en bon état (si elle
ne l'est pas, ces vibrations peuvent vous arracher le guidon des mains!...).
La
120° est vraiment plus douce, presque pas de vibrations. La plage de puissance
démarre assez tôt mais ce moteur aime vraiment monter dans les tours.
Le résultat est deux motos vraiment différentes, avec deux personnalités
distinctes. La prise en main est plus délicate sur la 180°, haute,
alors que la 120° a une selle plus basse. Pour moi, la 120° a un caractère
plus doux, pas aussi rustique que la 180°, même si cette impression
est sans doute dûe à la façon que j'ai eu de règler
la mienne.
J'utilise mon Executive pour le touring et ma Jota pour le
sport, aussi ai-je réglé les suspensions en conséquence.
La 120° me paraît plus raffinée, plus douce, apte en enchaîner
les kilomètres sans problème. La 180° est une tête dure,
une sorte de bête, pas raffinée du tout et elle me paraît plus
apte aux petits parcours sportifs. J'ai pourtant déjà voyagé
avec la Jota mais je préfère habituellement l'Executive pour cela.
Cela étant dit, je pense que le 120° est plus indiqué pour
qui veut une machine réellement très rapide. Le 120° dans ma
Spondon spéciale est un redoutable moteur performant parce qu'il est à
la fois souple, puissant, monte dans les tours allègrement et ne vous perturbe
pas avec les vibrations, il ne fait finalement pas autre chose que son job...
Il vous donne aussi beaucoup de couple et de puissance. Vous pourrez préparer
un moteur 180° pour avoir le même résultat, et probablement vous
obtiendrez les mêmes valeurs de puissance, mais au final il ne fonctionnera
peut-être pas aussi bien. Etrange, mais je pense pourtant qu'il vous donnera
plus de plaisir parce que c'est un moteur qui a plus de caractère et qui
a un bien meilleur son, mais je ne pense pas que le résultat final sera
aussi efficace qu'avec le 120°, et la performance ne concerne que l'efficacité."
Et
puis cette phrase très imagée de Tim Douglas ( http://members.iinet.net.au/~timdougl/bikes/laverda/wank.html
), décrivant bien ce qu'on ressent au guidon d'une 1000 Laverda 180°:
"Je me souviens de ce que disait ce vieux pilote de
la Navy, après chaque atterrissage avec son vieil avion (c'était
un gros avion AD-6 Skyraider mû par des moteurs aux pistons énormes).
Quand il finissait par garer l'avion, puis couper le contact, le gros son du moteur
s'évanouissait et on pouvait alors entendre le "Whop, whop, whop"
des grosses hélices qui finissaient de tourner. Il avait alors à
rester quelques minutes dans le cockpit parce que ses jambes tremblaient si fort...
Bon, ma Laverda 1000 180° n'a pas tout à fait cet effet sur
moi, mais je pourrais rester là, assis à la regarder, ces mots stupides
revenant sans arrêt dans mon esprit: "P......, quelle expérience!" Quant
à elle, la 1200 Laverda dérive directement de la 1000 dont elle
est une version surralésée. L'initiateur du projet, celui qui
a véritablement influencé l'usine en faveur d'une version de plus
grosse cylindrée, a été l'importateur Autrichien Werner Sulzbacher,
lequel avait obtenu dès 1975 d'excellents résultats en courses de
production et d'endurance avec des 1000 180° réalésées
à 1116 puis 1172cc, en remportant notamment le Championnat de production
1975 et 1976aux mains de l'ingénieur/constructeur/pilote Franz Laimboeck.
D'emblée, Sulzbacher fit pression sur l'usine Laverda pour qu'elle produise
une version 1200, ce qu'elle fit finalement en 1978 avec la version 1200 T. La
1200 était alors très proche esthétiquement de la 1000 avec
juste quelques diférences au niveau de la carrosserie (réservoir,
caches latéraux et selle différents, guidon haut et large). La mécanique,
identique en apparence au moteur 1000, avait pourtant été résolument
tournée vers une utilisation plus tourisme, moins sport que la 1000. Outre
les nouveaux pistons plus gros de 80mm de diamètre, on trouvait également
un vilebrequin et des aiguilles de carburateurs différents. En conséquence,
non seulement le moteur avait un comportement moins caractériel que la
1000, mais aussi son couple à bas régime devenait réellement
impressionnant, le son du moteur devenant encore plus profond.
En
1979, dans le cadre du trentenaire de la branche moto de la marque, l'usine produit
à raison de 200 exemplaires une 1200 spéciale appelée "30th".
Disposant d'un carénage tête de fourche, d'une décoration
noire (y compris les carters moteur) et or, elle était livrée accompagnée
d'une lettre originale, personnellement signée de Massimo Laverda. Cette
version fut vendue en quelques jours seulement... L'importateur anglais Roger
Slater, fort de son expérience réussie avec la version 1000 Jota
dont il avait été l'initiateur, moto qui avait remporté à
plusieurs reprises le Championnat de production en Angleterre et qui disposait
d'un aura dont a bénéficié (et bénéficie toujours)
la marque toute entière, avec notamment un statut de moto de série
la plus rapide au monde, décida de créer la 1200 Mirage, sorte de
super-Jota équipée des mêmes éléments endurance
(arbres à cames 4C, pistons haute-compression pour certaines d'entre-elles,
pots spéciaux) et peu après quelques rares versions spéciales
dont la Formula Mirage dotées d'un équipement encore plus exclusif
(carénages spéciaux, roues Astralite, etc...). En dépit de
leurs performances et de leur équipement, ces modèles n'acquirent
jamais l'aura de la 1000 Jota qui restait plus homogène aux yeux de beaucoup.
En
1981, profitant des améliorations de la 1000 Jota de série (allumage
passant à gauche et alternateur Nippon-Denso de 250W notamment, ainsi que
de nouvelles suspensions Marzocchi), apparait au catalogue la version 1200 TS,
moto orientée grand tourisme avec une nouvelle carrosserie adaptée
à cet usage et une meilleure finition. 1981 sera la dernière
année de production des modèles 1200, l'usine se consacrant désormais
aux nouveaux modèles 1000cc calés à 120°. |